Un portefeuille de quatre startups ne prouve rien à lui seul : la solidité d’un écosystème d’innovation se mesure sur la durée, pas sur un instantané. Ce que révèlent en revanche ces quatre premiers projets accompagnés par Aurels Venture, c’est une logique de sélection cohérente, au-delà de la diversité apparente des secteurs concernés.
ICD, Institut des Compétences de Demain
Un centre de qualification professionnelle, positionné sur la même logique de montée en compétences rapide que défend l’institut lui-même. Le projet prolonge, sur un plan entrepreneurial, une problématique qu’AurelsTech traite par ailleurs dans son propre modèle pédagogique : la formation courte et professionnalisante comme réponse à un besoin de compétences immédiat.
TPo, Prince Top
Un cabinet de topographie qui participe à la sécurisation des terrains villageois à des coûts nettement inférieurs à ceux du marché classique, un enjeu direct pour le foncier rural en Côte d’Ivoire. Ce projet répond à un problème d’accès, plus qu’à un problème technique : rendre la sécurisation foncière accessible à des populations que le coût habituel du service exclut de fait.
Optima Distribution
Une société de commerce général et de distribution de fournitures et matériel de bureau, dont l’originalité tient au mode de distribution retenu plutôt qu’à la nature du produit lui-même. Le secteur peut paraître moins spectaculaire que les précédents, mais il illustre que le portefeuille d’Aurels Venture ne se limite pas aux domaines technologiques les plus visibles.
GaFo, Global Agroforestery
Une exploitation de treize hectares associant arbres et culture du cacao à Toumodi, conçue comme un système de gestion des ressources naturelles fondé sur des principes écologiques, avec une zone protégée où la chasse est interdite. Le projet vise la diversification des revenus agricoles tout en améliorant les conditions sociales, économiques et environnementales des utilisateurs des terres concernées.
Ce que ces quatre projets ont en commun, malgré tout
Aucun des quatre n’est né d’une simple idée séduisante sur un support de présentation. Chacun répond à un problème déjà documenté par ailleurs, montée en compétences rapide pour ICD, coût d’accès au foncier pour TPo, inefficacité de la distribution classique pour Optima, gestion durable des terres agricoles pour GaFo. C’est cette exigence, un problème réel avant une solution élégante, plutôt qu’une thématique commune, qui relie des projets par ailleurs très éloignés les uns des autres sur le plan sectoriel.
Une liste appelée à s’allonger, pas à se figer
Quatre projets ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer la solidité d’un écosystème venture. L’institut affiche l’intention de continuer à publier de nouveaux projets accompagnés à mesure qu’ils atteignent une maturité suffisante, plutôt que de figer une image ponctuelle du portefeuille qui se périmerait en quelques mois à peine.
Ce que l’absence de startup technologique pure signale, ou non
Aucun des quatre projets présentés ici ne relève d’une application mobile ou d’une plateforme purement numérique, alors que le discours ambiant sur l’entrepreneuriat étudiant associe souvent innovation et technologie de pointe. Cette absence ne traduit pas nécessairement un manque d’ambition technologique du dispositif : elle reflète davantage la conviction, déjà présente ailleurs sur le site, qu’une solution répond d’abord à un problème documenté avant de se définir par sa sophistication technique. Un cabinet de topographie à coût réduit répond à un besoin aussi réel qu’une application, quand bien même il paraît moins spectaculaire au premier regard.
Pourquoi AurelsTech se distingue sur ce sujet
Beaucoup d’incubateurs affichent un portefeuille de startups comme une vitrine, sans expliciter le fil qui relie des projets par ailleurs très hétérogènes. En documentant explicitement le problème réel derrière chacun de ces quatre projets, plutôt qu’un simple descriptif commercial, AurelsTech donne à voir le critère de sélection qui a présidé à leur accompagnement, au-delà du secteur d’activité affiché.
Ce que le label légal aurait, ou non, retenu de ce portefeuille
La loi n° 2023-901 sur la promotion des start-up numériques réserve son label de mérite aux jeunes entreprises dont la création de valeur repose principalement sur l’innovation technologique et l’usage des télécommunications, une définition volontairement restrictive qui éclaire, a posteriori, la composition de ce portefeuille. Selon l’analyse qu’en a livrée l’agence Ecofin lors de son adoption par le Sénat, une entreprise de distribution comme Optima ou un projet agroforestier comme GaFo, aussi solides soient-ils sur le plan économique, ne relèveraient pas de plein droit de ce cadre légal, faute d’un ancrage numérique suffisant au cœur de leur modèle. ICD, davantage tournée vers la formation aux compétences numériques, s’en rapprocherait sans doute plus directement.
Cette lecture ne diminue en rien la valeur des quatre projets, elle en précise seulement le statut réglementaire. Un fonds comme Aurels Future Funds, en investissant au-delà du seul périmètre numérique éligible au label, assume un risque que la loi ne vient pas atténuer par des avantages fiscaux spécifiques, ce qui distingue sa logique d’investissement de celle d’un fonds strictement calibré sur les critères du texte de 2023.
